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Hommages rendus |
Emir Kusturica a une grande admiration pour certains réalisateurs. Il leur a rendu hommage à sa façon à travers certaines anecdotes ou certains plans, tout au long de sa carrière.
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Jean Renoir |
Jean Renoir est né à Paris le 15 septembre 1894 et mort à Paris le 12 février 1979. De son père Auguste Renoir l'illustre peintre impressionniste, Jean a hérité un sens inné de l'équilibre et de l'harmonie des images. Chez Auguste les images étaient figées. Jean les animera.
Jean Renoir a réalisé de nombreux films au cours de sa carrière, comme Boudu sauvé des eaux, La grande illusion, La bête humaine, French Cancan, mais c'est surtout La règle du jeu qui est aujourd'hui considéré comme son chef d'oeuvre. Jean Renoir a sans doute donné leurs plus beaux rôles à Jean Gabin et Michel Simon.
Boudé par le public lors de sa sortie à l'automne 1939, vilipendé par la critique de l'époque, "La règle du jeu" est l'objet d'une campagne haineuse. D'abord amputé de nombreuses scènes, le film est ensuite retiré de l'affiche et Renoir est accusé, en pleine guerre, d'attenter au moral des Français. Quelques mois plus tard, le gouvernement de Pétain interdira le film.
Aujourd'hui après soixante ans, La Règle du Jeu est universellement considéré comme un des chefs-d'oeuvre absolus de l'histoire du cinéma. Avec "Citizen Kane" d'Orson Welles, réalisé un an après "La Règle du Jeu", l'influence de ces deux films sur des générations de cinéastes a été capitale. Comme le souligne François Truffaut, ce sont certainement les deux films qui ont suscité le plus grand nombre de vocations de metteur en scène
Emir Kusturica a souvent cité ce film comme un de ceux qu'il préférait. Derrière des allures de vaudeville classique, on y voit en effet des scènes d'une grande ampleur, aux mouvements de caméra complexes et dont l'action se déroule simultanément au premier plan et à l'arrière-plan. La scène de la chasse, cruciale pour le dénouement narratif, fut "honorée" par Emir Kusturica dans "La vie est un miracle".![]()
Filmographie disponible sur Amazon.fr :
- La règle du jeu
- The rules of the game (Criterion edition), coffret 2 DVD, zone 1, sur Amazon.com
- La bête humaine
- La grande illusion
- Coffret 2 DVD : Le Testament du docteur cordelier / Déjeuner sur l'herbe
- Coffret 3 DVD : La Chienne / Tire au flanc / On purge Bébé
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Federico Fellini |
Emir Kusturica est souvent surnommé le Fellini des Balkans. On verra que la comparaison est juste pour plusieurs raisons.
Federico Fellini est né le 20 janvier 1920 à Rimini (petite station balnéaire italienne). Enfant chétif, le petit Federico trouve refuge dans son imagination débordante. Il adore le cirque et le cinéma : il admire les frères Marx, Laurel & Hardy, Charlie Chaplin mais aussi les nains acrobates, les clowns et autres Monsieur Loyal... Sa fréquentation assidue du cinéma ne fait que croître et parallèlement, il commence à exposer ses dessins. A 18 ans, il s'installe à Rome et tombe amoureux immédiatement de la ville. Sa rencontre avec Roberto Rossellini fut décisive : cinéaste déjà accompli, celui ci confie au jeune Federico l'écriture du scénario de Rome, ville ouverte en 1945. Grand succès critique et commercial, leur collaboration continuera sur d'autres films, et quelques temps malade, Roberto Rossellini confiera même la caméra à Federico Fellini pour certains plans.
"Je n'ai pas choisi de devenir réalisateur : c'est le cinéma qui m'a choisi."
Fellini va alors tenter l'aventure seul, et ce sera le début d'une longue et prestigieuse carrière, qui s'achèvera après 24 films, 5 oscars et une palme d'or le 31 octobre 1993.
On lui doit notamment des grands classiques comme La dolce vita (1960), 8 1/2 (1963), Satyricon (1969), Roma (1972), Amarcord (1973), Intervista (1987)...Dans son excellent livre sur Emir Kusturica, Dina Iordanova rappelle une phrase d'Emir Kusturica en 1999 : "Je suis fier d'avoir découvert comment Fellini faisait ses films, et d'utiliser les mêmes petits trucs, comme un magicien qui voit un cirque, puis part travailler dans un autre. Il y a trois particularités : d'abord, l'énergie qui émane de chaque personnage, puis la composition exceptionnelle des scènes, et enfin, la vision paganistique et méditerranéenne de la vie."
Emir Kusturica a souvent cité Amarcord comme étant sa source d'inspiration majeure pour son film Le Temps des Gitans. On raconte qu'il visionnait le film en boucle dans sa caravane avant d'arriver sur le plateau. On y retrouve donc des références visuelles évidentes comme par exemple :
Mais les références à Amarcord se retrouvent encore dans d'autres films ultérieurs d'Emir Kusturica, ainsi :
- Tout d'abord, un même sens du cadre, de la complexité des scènes avec actions simultanées au premier et à l'arrière plan.
- les scènes de repas de famille, les mariages, les grands banquets dans la nature.
- un narrateur illuminé qui s'adresse à la caméra à l'ouverture du film.
- les séquences de film dans le film où le jeune Federico tente une approche séductrice de sa voisine pendant le film.
- l'acordéon.
- ainsi qu'une scène d'hypnose de dindon !
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- les duvets d'oie qui volent repris dans La vie est un miracle.
- la vilaine blague des enfants qui font pipi dans la salle de classe au moyen d'un tuyau, reprise dans la scène du match de foot de La vie est un miracle.
- le tic tac tic tac... dans Underground, avec le même acteur Davor Dujmović que dans Le Temps des Gitans
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Emir raconte à propos de ce film qu'il a essayé de le voir 8 fois quand il était étudiant à la FAMU, mais à chaque fois il s'endormait au bout de 15mn. La 9ème fois, il s'est laissé captiver, et depuis ce film n'a pas cessé de le hanter. C'est probablement celui qui a eu le plus d'influence sur son oeuvre.
Mais l'influence de Fellini sur l'oeuvre de Kusturica est également globale : on retrouve des hommages à bien d'autres films du maestro italien :
- L'utilisation des ruines romaines : Roma / Le Temps des Gitans
- les enfants qui courent derrière la voiture : La Strada / Le Temps des Gitans
- L'éléphant qui envahit l'écran sans que l'on ne s'en étonne : Intervista / Underground
- On ajoutera qu'Emir a même pris le nom d'un des premiers films de Fellini pour baptiser sa société de production : Cabiria films.
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Hollywood, années 40 |
Emir Kusturica est un grand admirateur du cinéma américain... des années 40. Lors de différentes interviews, il répète souvent qu'Hollywood a perdu l'originalité, le mordant et la créativité qu'il avait à cette époque. Quand il enseignait le cinéma à New York, le cinéma hollywoodien des années 40 avait une place importante dans son programme. On se rend compte de l'influence qu'il a eu sur ses films au travers de ses "classiques".
- Ernst Lubitsch : To be or not to be
Ernst Lubitsch est né en 1892 à Berlin et a quitté l'Allemagne en 1922. Sa nationalité allemande lui fut retirée en 1935. Adopté par Hollywood, il y réalisera de nombreuses comédies, jusqu'en 1947, quand il décède d'une crise cardiaque. Réputé pour sa sophistication extrême, il savait néanmoins entretenir une très bonne ambiance sur ses plateaux. Ernst Lubitsch a réalisé de nombreuses comédies, mais To be or not to be est certainement son film le plus abouti car au delà des nombreux gags et de l'intrigue bien ficelée, il y a une vraie dénonciation du régime nazi. Pour un film de 1942, le comique de répétition du "So they call me Concentration Camp Ehrhardt ?" est assez osé. Ce film est sans doute le plus représentatif de la "Lubitsch touch".
On retrouve dans ce film de nombreux plans similaires à ceux de la pièce de théâtre dans Underground : les gags avec le souffleur, l'interruption de la pièce au moment crucial, le plan vu du fond de la scène, puis le mouvement de panique dans le théâtre.
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- Michael Curtiz : Casablanca
Michael Curtiz est né en 1886 à Budapest (Hongrie) et est décédé d'un cancer à Hollywood en 1962. Arrivé à Hollywood en 1926, il s'est essayé à pratiquement tous les genres possibles. Sa filmographie est aussi fournie qu'inégale, mais il a quand même laissé au moins deux chefs d'oeuvres : Casablanca et le Roman de Mildred Pierce. Casablanca ne fut pas tourné au Maroc, mais bien à Hollywood, en 1943, en pleine guerre mondiale. Casablanca, c'est bien sûr le film culte de Grga Pitic dans Chat Noir Chat Blanc. Mais en fait, c'est surtout la fin du film que Grga adore, la dernière scène à l'aéroport, lorsque dans le brouillard Rick (Humphrey Bogart) dit au capitaine français "Louis, I think this is the begining of a beautiful friendship". Emir reprend cette phrase souvent sur scène avec le No Smoking en s'adressant au public...
Une magnifique édition collector de ce film est sortie récemment. Elle présente de nombreux bonus, ainsi qu'un CD de la bande originale. Acheter ce film sur Amazon : DVD Collector - Casablanca
- Charlie Chaplin
Charles Chaplin est né à Londres en 1889 et a émigré à Hollywood en 1913. Ses premiers films sont des sketches courts et particulièrement créatifs basés sur son personnage de Charlot, the little tramp. A partir du Cirque en 1928, il va se lancer dans des projets de plus en plus ambitieux, mais en gardant toujours la force de la satyre sociale.
Un des hommages les plus appuyés qu'Emir Kusturica a rendu à Charles Chaplin est sans doute la scène du Temps des Gitans où Merdzan se livre à une imitation de Charlot, qui fait beaucoup rire Perhan, sa soeur et surtout sa grand'mère.
On retrouve Emir Kusturica dans les "bonus" de la nouvelle édition DVD du Cirque, dans laquelle il procède à une analyse fine et personnelle de certaines scènes clé du film.
- Orson Welles
Orson Welles est né en 1915 à Kenosha, Wisconsin. Il décède à Hollywood en 1985 d'une crise cardiaque. A 26 ans, il produit, réalise et interprète son premier long métrage : Citizen Kane. Fiasco financier à l'époque, ce film est de nos jours considéré par de nombreux critiques comme le meilleur film jamais réalisé.
Dans Le Temps des Gitans, on voit futigivement Perhan passer devant une affiche d'Orson Welles. Il se met alors à fumer le cigare, et le reflet de son allumette se confond alors avec celle de l'affiche.
- Douglas Sirk
Douglas Sirk (Hans Detlef Sierck, avant son "américanisation") est né à Hambourg en 1897. En désaccord avec le troisième Reich, il émigre aux Etats-Unis en 1930. Homme rafiné et cultivé, il utilise rapidement la couleur et le format "large". Il est décédé en 1987 en Suisse.
Chez Douglas Sirk, les comédiens jouent de façon ultra maniérée, les sentiments sont exacerbés, mais au delà de l'aspect superficiel de ses personnages, Fassbinder dit de lui que "les bons, les gens 'normaux' et 'beaux' sont absolument révoltants ; les méchants, les faibles, les débauchés éveillent, eux, la compassion".
On peut considérer que la pièce de théâtre jouée par Natalja dans Underground est un hommage à Sirk, et ses épanchements romantiques exagérés.
- Alfred Hitchcock
Alfred Hitchcock est né à Londres en 1899 et est décédé à Los Angeles en 1980. Génie du cinéma, Alfred Hitchcock a mis au point de nombreuses techniques cinématographiques, des "trucs" visuels que l'on retrouve aujourd'hui dans de nombreux films. Perfectionniste sans égal, il est sans doute le réalisateur qui a eu le plus d'influence dans l'histoire du cinéma.
Pour lui rendre hommage, Emir Kusturica a utilisé dans Arizona Dream une des scènes les plus connues de La Mort aux trousses (North by Northwest), où Cary Grant impose sa présence majestueuse dans son "duel" avec l'avion. Le parallèle est complet puisque des vues réelles du film de Hitchcock sont insérées lors de la représentation de Paul Léger, alors qu'ensuite il revivra la scène traumatisante face au petit ULM piloté par Elaine Stalker.
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Francis Ford Coppola |
Francis Ford Coppola est né le 7 Avril 1939 à Detroit, Michigan (Etats-Unis). Fils d'un compositeur et d'une actrice, Francis Ford grandit à New York puis étudie le cinéma à UCLA. Il participe d'abord à l'écriture de films et en 1969, il fonde la société de production indépendante American Zoetrope. Leur premier film sera THX 1138 de Georges Lucas. C'est avec Le Parrain en 1972 que Francis Ford Coppola acquiert la reconnaissance (et un Oscar). Il enchaînera ensuite de nombreux grands films qui feront date dans le patrimoine du cinéma américain comme Le Parrain II (1974) Apocalypse Now (1979) ou Dracula (1992). La reconnaissance européenne arrivera avec deux Palmes d'Or gagnées à Cannes pour La conversation et Apocalypse Now. Il travaille actuellement sur son nouveau film, un projet de science-fiction "sur l'Utopie, encore plus ambitieux qu'Apocalypse Now : Megalopolis".
Francis Ford Coppola est typiquement un enfant mal aimé d'Hollywood, obligé de travailler dans le "système", il alterne des films de commande et des films personnels, il produit des films populaires pour mieux financer des films indépendants.
Le Parrain II en particulier, mais plusieurs films de Coppola en général sont des références visuelles pour Emir Kusturica. On retrouve les hommages sous plusieurs formes :
- L'imagerie développée dans sa trilogie du Parrain a fortement marqué l'étudiant Emir Kusturica à Prague, et selon Andrew Norton, journaliste américain, le Temps des Gitans serait même carrément un remake du Parrain I & II ! Au delà de la ressemblance physique frappante entre Perhan (Davor Dujmović) / Michael Corleone (Al Pacino) et Ahmed (Bora Todorović) / Vito Corleone (Marlon Brando), les thèmes similaires sont nombreux : le passage de flambeau du parrain à son successeur malgré lui, grandeur et décadence d'une "famille" de mafieux
- On retrouve dans Arizona Dream une scène du Parrain II que Paul regarde à la télé lors de l'anniversaire d'Elaine. Apparemment, Paul connaît la scène par coeur et il la "vit" plus qu'il ne la rejoue.
- L'attaque de Blacky sur la plage par un hélicoptère dans Underground est un hommage direct à Apocalypse Now.
Et pourtant... il y a une personne qui conteste l'admiration que porte Emir Kusturica à Francis Ford Coppola. Et cette personne n'est autre que Vincent Gallo lui-même. Il a en effet déclaré dans une interview :
La scène d'Arizona Dream où je parodie "le parrain" n'était pas écrite dans le script. Certainement pas l'utilisation de l'animal et certainement pas celle du "parrain". J'ai en quelque sort improvisé ces deux choses. Le réalisateur, Emir Kusturica, n'est pas un grand fans de cinéma, il ne s'est donc pas vraiment impliqué dans les choix des films que nous allions parodier pour ces scènes. Je dois être tout à fait honnête et vous dire qu'il a vraiment dû faire avec ce qui était disponible en terme de droits, de sorte que mes choix étaient limités. A la dernière minute j'ai donc du faire mon choix sur ce qui était disponible pour les droits. C'est comme cela que la scène du "parrain" a été décidée un jour avant que nous ne la tournions.
Bien sûr, j'ai vu le film plusieurs fois mais je ne suis pas un fan de DeNiro ou de Pacino. Je ne suis pas un de ces types qui connaissent des répliques du "parrain." Je suis certainement un fan de films, sans aucun doute, je ne le nie pas. Bien sur, j'aime "le parrain" - mais je ne suis pas un acteur en admiration de DeNiro. Je suis devenu bon à observer un film et pouvoir l'imiter quand j'ai observé une scène à plusieurs reprises pendant 15 minutes ; ainsi je peux la refaire comme je l'ai faite dans le film. J'ai juste la rapidité pour pouvoir faire cela.
L'inteview complète de Vincent Gallo : http://www.tv-now.com/intervus/gallo/vgi.htm (en anglais)Faut-il voir dans cette déclaration un démenti sur les points évoqués plus haut ? Ou bien une tentative narcissique de Vincent Gallo de s'approprier la paternité d'une des meilleures scènes du film ?
Même si les deux hommes font partie du club très fermé des réalisateurs ayant eu deux palmes d'Or à Cannes, l'admiration n'est pas réciproque. En effet, il y a une anecdote largement commentée depuis sur la réaction de Francis Ford Coppola devant Emir Kusturica, lorsqu'ils se rencontrent par hasard dans la salle d'attente de l'aéroport de Nice en 1997...Filmographie disponible sur Amazon.fr :
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Jean Vigo |
Jean Vigo est né le 26 avril 1905 à Paris. Enfant à la santé fragile, il perd son père, journaliste, à l'âge de 12 ans. Accusé d'espionage à la solde des Allemands, il sera retrouvé étranglé dans sa cellule (thèse officielle : suicide). De ce traumatisme, Jean gardera un fort souvenir de son père, et transmettra dans ses films les valeurs de courage, d'amour de la liberté, de mépris des conventions. Après l'internat, il se marie avec "Lydu" (Elizabeth Lozinska) et ils déménagent à Nice. Le père de Lydu lui offre une caméra, et fait son premier film (1930, 23 mn) : A propos de Nice, un faux documentaire, mais un vrai pamphlet sur les apparences trompeuses de la ville.
De retour à Paris pour des examens médicaux, Jean Vigo fatigue vite. En 1932, il tourne Zéro de conduite, moyen métrage de 42mn, qui raconte l'histoire d'une révolte de collégiens dans un pensionnat. Le film dérange, les critiques sont mauvaises. Le Je vous dit merde. d'un fils à son père fera grand bruit. Pendant 12 ans, le film sera interdit en salle.
L'année suivante, il tournera son premier et dernier long métrage : L'Atalante, avec Michel Simon et Dita Parlo. En février 1934, Jean est épuisé et donne les dernières instructions de montage depuis son lit. Mais le film lui échappe : les producteurs ne comprennent pas le film, changent le titre, la musique, le montage. Plusieurs versions seront projetées en 1934 avant le décès de Jean Vigo, le 5 octobre 1934 après une longue fièvre. De nombreuses tentatives de restauration auront lieu par la suite pour tenter de retrouver l'esprit du film tel que l'avait conçu Jean Vigo.
Une version que l'on peut considérer comme définitive est sortie en 2001 dans un superbe coffret DVD intitulé à juste titre L'intégrale Jean Vigo.
Emir Kusturica a très souvent cité "L'Atalante" comme un de ses films cultes : "A chaque fois que je vois un bout de "l'Atalante", je reste persuadé que c'est sans doute le meilleur film jamais réalisé. Je ne sais pas exactement si c'est dû à ses qualités pures ou au laps de temps pendant lequel le film a finalement été mené à bien, ou les deux réunis. Les parties dialoguées ne sont pourtant pas très développées, le son est limité en qualité mais sa rencontre avec l'image s'effectue dans les meilleures conditions possibles, malgré tout. C'est l'un des premiers films sonores, vous savez ! Il recèle tant de plans différents, tant de cadrages savants, le tout au service d'émotions simples. Aujourd'hui, il serait pratiquement impossible à réaliser. Il faudrait tenter une allégorie... Ce film contient sans doute la sève nécessaire pour comprendre l'être humain. C'est vraiment mon film favori et je lui paie un tribut tous les jours de ma vie."
L'un des hommages que lui a rendus Emir est la scène des personnages sous l'eau dans Underground : "La mariée volante qui se retrouve sous l'eau... c'est une certaine forme d'hommage à "L'Atalante" de Jean Vigo. Ensuite, c'est devenu quelque chose de beaucoup plus important, et tout le monde meurt et dérive sous les eaux du fleuve."
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Andréï Tarkovski |
Andreï Arsenievitch Tarkovski naît le 4 avril 1932 à Zarraje, petite ville sur la Volga. Son père, poète et traducteur, quitte sa femme lorsque Andreï a trois ans et sa soeur un an et demi. En dépit de l'admiration éperdue qu'il éprouvera toujours pour le talent paternel, Andreï restera émerveillé par l'abnégation et la tendresse de sa mère. Ces bribes d'enfance, cet univers mystérieux empli de " secrets de femmes ", on les retrouvera, embellis, sublimés, dans Le miroir.
Après la guerre, où toute la famille manque de mourir de faim et de froid, Andreï poursuit ses études, suit des cours de musique et de peinture. Au retour d'une expédition de géologie, il s'inscrit, en 1956, au célèbre VGIK, l'école de cinéma nationale. A la fin de ces quatre années d'études, il réalise son film de diplôme : Le rouleau compresseur et le violon.
En 1962, il tourne L'enfance d'Ivan, l'histoire d'un enfant mort à 12 ans, durant la guerre. Un enfant qui ressemble au futur Stalker, puisque cette victime, apparemment sans défense, se révèle plus forte que ceux qui l'entourent. Le film remporte le Lion d'or à Venise et c'est le début pour Tarkovski, de ses ennuis avec les autorités.
En 1966, Andreï Roublev est plutôt bien accueilli par ses confrères, ce qui étonne Tarkovski. Mais le film est néanmoins mis au placard. Certains envisagent même de le détruire mais une projection hors compétition au Festival de Cannes 1969 permet de le sauver. En 1971 il sort Solaris, en 1974 Le miroir mais la polémique gronde. Tarkovski s'exile alors en Italie.
On considère vite Tarkovski comme un dangereux individualiste et provocateur. "Je suis pour un art qui apporte aux hommes l'espérance et la foi."
En 1984, il choisit de rester à l'Ouest, avec sa femme, en réclamant la présence de son fils, retenu en Russie. "Je suis fatigué de persécution, de votre haine, de votre méchanceté, de misère et, enfin, de l'absence systématique de travail à laquelle vous m'avez condamné."
En 1985, en Suède, il prépare Le Sacrifice. Il se découvre également malade. Le 15 décembre il est fixé : " L'homme tout au long de sa vie, sait qu'un jour ou l'autre, il va mourir. Mais il ne sait pas quand et c'est pourquoi il repousse ce moment toujours plus loin dans l'avenir. Ca l'aide à vivre. Moi, maintenant, je sais ... et rien ne peut m'aider. " Le professeur Léon Schwarzenberg adresse une lettre à François Mitterrand, qui s'adresse à Gorbatchev, lequel ordonne que le fils de Tarkovski puisse rejoindre son père. C'est lui qui reçoit en mai 1986 le Prix Spécial que le jury décerne au Sacrifice.
Le 29 décembre 1986, Andreï Tarkovski meurt à Paris.
Le Miroir en particulier, mais tous les films de Tarkovski en général sont des références pour Emir Kusturica. On retrouve les hommages sous plusieurs formes :
- Emir Kusturica a utilisé dans beaucoup de ses films la même symbolique de l'eau, versée sur la tête comme symbole de purification. On peut aussi voir que la scène ou Merdzan soulève la maison de Perhan dans Le Temps des Gitans fait écho à la fin de Solaris où Kris voit son père (pourtant décédé) à l'intérieur de sa maison, sous une pluie irréelle.
- La fille du Stalker est handicapée. Elle ne peut pas marcher, mais elle a le don de télékinésie. Cette faculté exceptionnelle de faire bouger les objets à distance compense un certain handicap physique... tout comme Perhan dans Le Temps des Gitans.
- Les points culminants dans Le Sacrifice et Le Miroir sont marqués par une sorte de lévitation, une force, celle de l'amour et du sacrifice, qui berce les corps dans le flottement de l'air. Emir Kusturica fera souvent léviter ses personnages dans les moments de grâce.
- Elaine Stalker (Fayne Dunaway) dans Arizona Dream reprend le titre d'un film d'Andréï Tarkovski
- La verticalité est une façon de filmer très particulière d'Andréï Tarkovski. On peut considérer que le plan qui montre Perhan au pied du four à chaux, et simultanément en haut du four après un travelling vertical, puis à nouveau en bas, en est un hommage. Une scène d'Andreï Roublev montre également le personnage de Cyrille qui disparait d'un côté de l'écran pour réapparaître de l'autre côté de Roublev.
- Dans Andreï Roublev également, on assiste à une étrange fête païenne sur une rivière, qui n'est pas sans rappeler la fête de la Saint-George du Temps des Gitans...
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