Anecdotes :
Le tournage a duré treize mois, de mars 2002 à avril 2003, sans réelle pause. Ce tournage marathon est principalement dû aux conditions météorologique peu favorables (été médiocre, hiver rigoureux), et à la constante réécriture du scénario par Emir.
"Mourir ne fait pas mal, dit un soldat, c'est vivre qui fait mal".
Une version longue du film a été diffusée à la télévision serbe en janvier 2006 (en 6 épisodes de 50 minutes).
Anecdotes de tournages par Jérôme Thiault (ingénieur du son), recueillies en février 2003 :
- les premiers jours j'étais un peu à côté, parce que je travaille beaucoup en suivant le texte, les intonations. Et j'étais parfois un peu à contretemps. Un de mes assistants m'en a parlé, et puis après je m'en suis rendu compte. J'ai intégré la notion du Serbe, du rythme, la sonorité des mots. Je pense même que je me rends compte maintenant quand c'est incompréhensible. Parce qu'il y a deux choses : la compréhension du mot et la prononciation. C'est à dire : sur la partie technique de la voix ou de la parole, je sais quand c'est bon ou quand c'est pas bon. Sur la partie message, ça, je sais pas. Je n'ai pas assez de vocabulaire. Mais a priori, ce n'est pas un problème.
- Une fois, je me suis fait jeter parce que j'ai fait couper une prise : il y avait quelqu'un qui parlait et le chien qui aboyait, c'était avant la séquence des ours. J'ai dit "coupez !". Emir est sorti de sa tente et : "Qui a dit ça ?". Là j'ai compris qu'il ne fallait pas intervenir. Et puis une autre fois, j'ai eu une convocation à l'hôtel, mais en fait il trouvait que j'aseptisais trop le son. C'est par rapport à la scène dans l'église, quand il y a Nada qui rentre. Là, il avait trouvé qu'il n'y avait plus d'ambiance. Moi j'avais fait ça parce qu'on entendait trop le bruit de la caméra.
- Emir est tellement instinctif, tellement animal qu'on dirait qu'il n'y a pas de réflexion. Et puis il y a d'autres moments où je me rends compte qu'il y a énormément de construction. C'est comme si c'était quelqu'un qui avait en lui deux extrêmes et qui arrivait à concilier les deux. Parfois, je le vois, j'ai envie de lui dire que je l'aime, et parfois j'ai envie de lui dire que je le hais ! Mais c'est bien, parce que même au bout d'un an, j'ai encore envie d'y retourner. Ce qui n'est pas le cas qu'autres expériences où au bout d'un semaine j'avais envie de partir. C'est dur mais c'est bon...
Anecdotes de tournages par Michel Amathieu (chef opérateur), recueillies en février 2003 :
- Avec Emir, une grande complicité s'est installée depuis le début du film. Moi je prends ça comme un challenge à chaque fois qu'il dit on va faire comme ci, comme ça, etc. Je cherche comment faire, comment réaliser ses idées. Je ne sais pas toujours comment je vais y arriver, mais le jeu c'est de trouver des solutions. En fait, quand il dit quelque chose, il sait ce que ça implique car il a une parfaite maîtrise technique.
- J'ai un filtre qui me sert à rehausser les marrons, pour changer un peu les ambiances, créer des marrons intéressants. Mais le film gardera un aspect normal. Je voudrais que ça donne un style, sans que ça soit un effet coloré. Ce que je cherche c'est de travailler sur le négatif au maximum.
- En fait, il n'y a que quelques images qui auront besoin d'être retouchées numériquement, ce sont les plans avec les animaux : il y a des câbles, des cordes, des fils. Il y a quelques plans faits avec des fonds bleus. Pas beaucoup. Mais ce n'est pas la plus grosse partie du film. Cela fera peut être cinq pour cent du film qui sera retouché. Depuis le début, on avait prévu avec Emir de faire un étalonnage final photographique, plus traditionnel, et ne pas partir dans l'idée d'un étalonnage numérique. Ca ne l'attirait pas.
La scène de la cascade, racontée par Slavko Štimac :
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C'était vraiment quelque chose ! On l'a tournée dans les montagnes, vers la mi-octobre. On avait des bacs d'eau chaude pour tiédir l'eau, mais le chaud affluait vers le milieu de la cascade, où se trouvait Sabaha. En fait, cette scène m'a rappelé un film de Sam Peckinpah dans lequel j'ai joué, enfant. On avait tourné en Angleterre. J'étais dans une scène avec James Coburn qui faisait un rêve où il entrait en courant dans un lac. Si je me souviens bien, on a tourné ça en novembre. Il a fallu trois prises. Trois fois, il a plongé dans l'eau. En novembre, en Angleterre.
Alors j'y ai repensé et je me suis dit : "Allons ! James devait avoir cinquante-cinq ans et il y est bien arrivé, alors où est le problème ? Je vais y arriver, moi aussi." Mais je dois vous dire qu'il faisait un froid de canard quand on a tourné cette scène !
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