Les béguines

béguinageDe nos jours, on peut encore admirer des béguinages complets en Belgique ou aux Pays-Bas. Ils datent généralement du XVIIème siècle.

Mais le mouvement béguinal est bien plus ancien et remonte au XIème siècle, aux confins des mouvements bogomiles et cathares, eux mêmes issus des franges dures des franciscains. Les suiveurs de Saint François d'Assise, en effet, opposaient une vision pauvre et humble face à l'opulence de l'Eglise et de la papauté. Alors que les Bogomiles concernaient les Balkans et le nord de l'Italie, et que les Cathares le sud de la France, les béghards ("mendiants") ont gagné la vallée du Rhin puis les Flandres. A divers degrés, tous ces mouvements furent condamnés, taxés d'hérésie par plusieurs bulles papales et sévèrement réprimés.

Mais au XIIème siècle, le mouvement béguinal s'organise, se féminise. Il s'étend vers le nord. Des communautés émergent, soudées autour de personnalités fortes. Ces femmes s'organisent, rejetant l'autorité des hommes, aussi bien dans la loi civile que religieuse ; elle ne sont pas assujetties à des ordres monacaux, comme les célestines ou les bénédictines. Si le mouvement s'éloigne des institutions, il en reste très spirituel, voire mystique ; quelques écrits remarquables en témoignent (principalement Hadewijch d’Anvers, Hildegarde de Bingen et Mechthilde de Magdebourg).

L’âge d’or du mouvement béguinal se situe entre les XIIIème et XIVème siècles : chaque ville dispose alors d'un ou plusieurs béguinages, dans les Flandres, depuis nord de l'actuelle France jusqu'aux Pays-Bas, mais aussi à Paris et dans la vallée du Rhin. Ces femmes vivent pauvrement mais travaillent et bénéficient parfois d'avantages économiques pour vendre leurs produits artisanaux sans taxe, ce qui suscite la colère des corporations. Ce sont souvent des veuves ou des femmes refusant l'homme qu'on veut leur faire épouser. Recluses dans les enclos où les hommes sont interdits de visite, elles n'en mènent pas moins une vie sociale en prêchant ou en proposant leurs services, comme le soin des blessés ou le service funéraire. Mais en raison des persécutions, aussi bien civiles que religieuses, mais aussi de la peste noire de 1348, le mouvement décline fortement au début du XVème siècle.

Le déclin est encore accru avec la diffusion du protestantisme puis, à la faveur de la contre-réforme, le mouvement béguinal renaît aux XVIIème-XVIIIème siècles, avant de décliner à nouveau. Ce deuxième âge béguinal fut différent du premier, beaucoup plus structuré et dans des couches sociales nettement plus aisées. Pour ces raisons, les « nouveaux » béguinages ne produiront plus de grandes mystiques comme au Moyen-Âge.

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