La langue des signes dans les monastères

pleurantCertains ordres monastiques recommandent que, pour des raisons de discipline religieuse, le silence soit observé à l'intérieur des couvents. Cette règle fut particulièrement observée dans les ordres de Cluny et de Cîteaux. Au Moyen Âge, si ce n'était pas la règle générale pour tous les béguinages, il est prouvé que dans certains cas, la règle du silence était également strictement suivie.

Cependant, si les religieux renonçaient à la parole, il leur était impossible de renoncer à communiquer : toute vie communautaire, si méditative soit-elle, requiert un minimum d'échange d'information pour pouvoir se dérouler de manière satisfaisante. Saint Benoît (dont se réclament les cisterciens), invita donc à avoir recours à un substitut de la parole lorsque la communication était indispensable et suggéra qu'on se manifeste par « quelque son ou quelque signe ». L'emploi systématique de gestes est mentionné pour la première fois dans la vie de Saint-Odon qui fonda à Cluny un ordre de Bénédictins réformés. La première rédaction de la règle de saint Benoît, incluant notamment les prescriptions relatives au silence qui donneront naissance à la langue des signes monastique remonte à la fondation de l'abbaye du mont Cassin en 529. La première liste de gestes que nous possédons date des environs de l'an 1000. Elle contient 296 signes. D'autres listes se sont succédé au cours des siècles suivants, tant en France qu'à l'étranger. En comparant toutes les listes existantes on peut relever plus de 1300 signes différents par le sens. Si l'on examine ces listes, on voit que les "mots" correspondent aux besoins d'expression d'un moine inscrits dans le cours de ses activités matérielles quotidiennes dans le cadre du couvent. Les séquences employées sont simples, dépourvues d'outils grammaticaux.

Cette langue des signes a traversé les siècles et les pays et est encore pratiquée de nos jours dans les monastères cisterciens de la stricte observance (trappistes). On estime le nombre de locuteurs à 25.000 environs dans le monde.

Dans le langage gestuel, comme dans la plupart des langues, on trouve les quatre modalités : interrogation, ordre, souhait et affirmation. Par exemple, l'interrogation se signale au niveau des épaules ou de la tête qu'on rejette en arrière.

Les énoncés s'accomplissent en exécutant successivement les différents gestes correspondant aux mots. Des gestes composés peuvent être produits à partir de deux gestes simples. Ainsi, pour le signifié « abeille », on fait le geste pour « aile » et pour « doux ». D'autres gestes peuvent être produits à partir d'un geste simple et d'un geste composé ; ainsi, pour le signifié « miel », on fait le geste pour « beurre » et pour « abeille », ce dernier étant lui-même formé d' « aile » et de « doux ».

Les principes de la LSM (langue des signes monastique) sont proches de la LSF (langue des signes française), mais de nombreux signes diffèrent. Et si un sourd français peut difficilement comprendre un sourd italien aujourd'hui, il n'en est pas de même avec la LSM même si certains monastères ont des signes qui leurs sont propres.

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