24 mai 2013

Les animaux diaboliques au Moyen-Âge

BestiaireLes hommes du Moyen-Âge observent très bien la faune et la flore. Il nous reste de ces époques lointaines de somptueux manuscrits enluminés : les bestiaires. Richement illustrés et longuement annotés, ils décrivent par le menu, dans des termes qui font sourire aujourd'hui, les caractéristiques, les vices et les vertus de chacune des créatures de Dieu.

De façon générale, on peut dire que tout animal (domestique ou pas) présente des signes et des présages qu’il convient de décrypter, pour la météorologie, le destin collectif ou individuel. Ainsi, les animaux sont, de façon très basique, rangés en deux catégories : ceux qui sont bénéfiques et ceux qui sont maléfiques.

Vivre la nuit est signe de grand péché. Le Seigneur a ordonné de dormir la nuit, et donc il convient de se méfier des animaux qui ne suivent pas ce précepte. En effet, l'homme médiéval pense que les espèces nocturnes symbolisent le peuple juif qui a préféré les ténèbres à la lumière du Sauveur. Dans cette catégorie, on trouvera par exemple la chauve-souris, le loup, le renard et tous les insectes… Les évangiles des Quenouilles disent, notamment : « quand on voit une nuée de chauve-souris voler autour de sa maison, alors il vaut mieux déménager : c’est un signe certain que très bientôt, il y aura le feu. »

Parmi les autres animaux maléfiques – même si eux, on ne sait pas ce qu’ils font la nuit - il faut citer les poissons (surtout les poissons de mer, dont l’homme médiéval se méfie, car il ne s’aventure guère en haute mer, et donc se méfie de toutes les créatures qui s’y trouvent). Toujours dans les évangiles des Quenouilles, on peut lire : « on ne doit pas donner à des femmes enceintes des têtes de poisson à manger afin que par leur imagination, leur fruit ne naisse la bouche plus relevée et plus pointue qu’il n’est normal. »

Dans l’imaginaire médiéval, l’araignée est diabolique car comme le Diable, tous les jours elle tisse une grande toile pour s’emparer de notre âme. Pourtant, elle peut aussi être un signe de chance. Ainsi, le dicton « si un homme trouve sur sa robe une araignée, c’est qu’il sera très heureux ce jour là » existait déjà. Mais l'araignée n’est pas le seul animal ambivalent. L'âne l'est également. S'il est utile au transport de charges, il est sale, paresseux, entêté et stupide. Le plus souvent, il est moqué et symbolise l'ignorance. Citons enfin le cas du chat : bien que volontiers vagabond (le chat voit la nuit, ce qui est le propre des créatures infernales !), il se classe généralement dans les animaux bénéfiques car il est propre, se tient toujours loin des lieux nauséabonds, et est avant tout un chasseur de rongeurs : les contemporains de la Grande Peste de 1348 avaient compris le lien entre les rats et la propagation de la maladie.

Enfin, les créatures chimériques (mais réelles dans l'esprit de l'homme médiéval), telles que le dragon, le griffon, la sirène, la licorne ou le centaure ne sont pas forcément diaboliques. Elles sont décrites dans les bestiaires comme les autres espèces, tout aussi doctement.

17 mai 2013

Guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons

Assassinat_Duc_Orleans En raison de ses ennuis de santé, Charles VI se voit contraint de laisser la reine Isabeau de Bavière présider un conseil de régence, où siègent les grands du royaume. On y trouve notamment le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, oncle du roi, fin politique qui a une forte influence sur la reine ainsi que Louis d'Orléans, le frère du roi, que l'on soupçonne d'être l'amant de la reine. À la mort du Hardi, son fils Jean sans Peur,, moins lié à Isabeau, perdra encore de l'influence.

Tandis que Louis d'Orléans, tirant du Trésor royal les neuf dixièmes de ses revenus, achète terres et places fortes dans les marches orientales du royaume que les Bourguignons considèrent comme une chasse gardée, Jean Sans Peur, qui n'a pas le prestige de feu son père, voit se tarir les largesses royales. Alors que le père recevait deux cent mille livres par an, le fils doit se contenter de trente-sept mille.

Sur le plan politique, l'attitude à tenir face aux Anglais les oppose également : Louis d'Orléans veut faire rompre la trêve franco-anglaise, quitte à provoquer Henri IV de Lancastre en duel, ce que Jean sans Peur ne peut admettre, car les industriels flamands dépendaient totalement des importations de laine d’outre-Manche et auraient été ruinés par un embargo.

Louis d'Orléans, par ses manigances, bénéficie de la bienveillance de son frère le roi lors de ses phases de sortie de crise : il réussit ainsi à faire évincer les Bourguignons du conseil. C'en est trop pour Jean sans Peur qui décide de se débarrasser de son exaspérant rival : il le fait assassiner à Paris, rue Vieille du Temple, le 23 novembre 1407, alors que celui-ci sort de chez la reine, qui vient d'accoucher. Cet assassinat déclenche la guerre civile.

Pour montrer que Jean sans Peur ne craint rien ni personne, il fait ériger en 1409, au cœur même de la capitale, un tour fortifiée adossée à son hôtel particulier : la Tour Jean sans Peur. Les Bourguignons lancent des rumeurs sur la liaison entre la reine et Louis d'Orléans, questionnant la paternité du Dauphin.

Charles d'Orléans, le fils de Louis, épouse en 1410 la fille de Bernard VII d'Armagnac. Il forme alors à Gien, à l'occasion de ses noces, une ligue contre le duc de Bourgogne et ses partisans, dans laquelle entrent, outre le duc d'Orléans et son beau-père, les ducs de Berry, de Bourbon et de Bretagne, ainsi que les comtes d'Alençon et de Clermont. De plus, Bernard VII recrute dans le Midi des bandes qui font la guerre avec une férocité inouïe : les Écorcheurs. À leur tête, il ravage les environs de Paris et s'avance jusqu'au faubourg Saint-Marcel. Un traité, signé à Bicêtre le 2 novembre 1410, suspend les hostilités, mais, dès le printemps 1411, les partis reprennent les armes. Les Armagnacs se répandent dans le Beauvaisis et la Picardie. En octobre 1411, fort d'une armée de 60 000 hommes, le duc de Bourgogne entre dans Paris et attaque les Bretons, alliés des Armagnacs, qui sont retranchés à La Chapelle. Il doit reculer, mais, dans la nuit du 8 au 9 novembre, il sort par la porte Saint-Jacques, marche sur Saint-Cloud et défait complètement l'armée des Écorcheurs. Puis Jean sans Peur poursuit les princes d'Orléans et leurs alliés, assiège Dreux puis Bourges, mais l'armée royale paraît devant cette ville et contraint les deux parties à signer un nouveau traité de paix.

Le duc de Bourgogne reste neutre vis-à-vis des Anglais, qui reprennent les hostilités en 1415. Il laisse ainsi Henri V défaire l'armée française, essentiellement pourvue par les Armagnacs, à la bataille d'Azincourt en octobre 1415. Jean sans Peur en profite et s'empare de Paris en 1418 ainsi que d'une grande partie du territoire, fort du soutient de la population. Le Bourguignon entre alors en négociation avec les Anglais, favorable aux prétentions du roi d'Angleterre au trône de France, mais également avec les Armagnacs et le dauphin, car ses finances sont au plus bas.

Le 10 septembre 1419, Jean sans Peur se fera assassiner, à Montereau-Fault-Yonne, lors d'une entrevue avec le Dauphin Charles, par des hommes de main du parti des Armagnacs, qui craignaient que le Dauphin ne cède trop aux Bourguignons. Cet acte empêche tout apaisement et fait s'effondrer ce qui reste du royaume de France.

Philippe le Bon, le nouveau Duc de Bourgogne, fait alors clairement alliance avec les Anglais et fait signer le traité de Troyes, où Charles VI déshérite le dauphin et marie sa fille Catherine de Valois à Henri V d'Angleterre. Le roi d'Angleterre reçoit la couronne de France et Charles VI récupère le pouvoir dont il a été évincé depuis 1392, du fait de ses accès de folie. Il exercera une régence sur ce qui lui reste de terres au sud-est de la France jusqu'à sa mort, en 1422. Ce traité est évidemment dénoncé par les Armagnacs, qui arguent "que le roi appartient à la couronne et non pas l'inverse". Il faudra l'intervention de Jeanne d'Arc pour que Charles VII puisse être légitimé par un signe divin et sacré à Reims, le 17 juillet 1429, prenant de court le successeur d'Henri V, aussi décédé en 1422.

Charles VII, engagé dans une patiente reconquête du territoire français, souhaite isoler les Anglais des Bourguignons. En 1435, il conclut avec Philippe le Bon le traité d'Arras, qui reconnaît l'indépendance de la Bourgogne. Cet accord met officiellement fin à la guerre et va permettre à Charles VII de reprendre aux Anglais pratiquement toutes leurs possessions continentales.

10 mai 2013

La langue des signes dans les monastères

pleurantCertains ordres monastiques recommandent que, pour des raisons de discipline religieuse, le silence soit observé à l'intérieur des couvents. Cette règle fut particulièrement observée dans les ordres de Cluny et de Cîteaux. Au Moyen Âge, si ce n'était pas la règle générale pour tous les béguinages, il est prouvé que dans certains cas, la règle du silence était également strictement suivie.

Cependant, si les religieux renonçaient à la parole, il leur était impossible de renoncer à communiquer : toute vie communautaire, si méditative soit-elle, requiert un minimum d'échange d'information pour pouvoir se dérouler de manière satisfaisante. Saint Benoît (dont se réclament les cisterciens), invita donc à avoir recours à un substitut de la parole lorsque la communication était indispensable et suggéra qu'on se manifeste par « quelque son ou quelque signe ». L'emploi systématique de gestes est mentionné pour la première fois dans la vie de Saint-Odon qui fonda à Cluny un ordre de Bénédictins réformés. La première rédaction de la règle de saint Benoît, incluant notamment les prescriptions relatives au silence qui donneront naissance à la langue des signes monastique remonte à la fondation de l'abbaye du mont Cassin en 529. La première liste de gestes que nous possédons date des environs de l'an 1000. Elle contient 296 signes. D'autres listes se sont succédé au cours des siècles suivants, tant en France qu'à l'étranger. En comparant toutes les listes existantes on peut relever plus de 1300 signes différents par le sens. Si l'on examine ces listes, on voit que les "mots" correspondent aux besoins d'expression d'un moine inscrits dans le cours de ses activités matérielles quotidiennes dans le cadre du couvent. Les séquences employées sont simples, dépourvues d'outils grammaticaux.

Cette langue des signes a traversé les siècles et les pays et est encore pratiquée de nos jours dans les monastères cisterciens de la stricte observance (trappistes). On estime le nombre de locuteurs à 25.000 environs dans le monde.

Dans le langage gestuel, comme dans la plupart des langues, on trouve les quatre modalités : interrogation, ordre, souhait et affirmation. Par exemple, l'interrogation se signale au niveau des épaules ou de la tête qu'on rejette en arrière.

Les énoncés s'accomplissent en exécutant successivement les différents gestes correspondant aux mots. Des gestes composés peuvent être produits à partir de deux gestes simples. Ainsi, pour le signifié « abeille », on fait le geste pour « aile » et pour « doux ». D'autres gestes peuvent être produits à partir d'un geste simple et d'un geste composé ; ainsi, pour le signifié « miel », on fait le geste pour « beurre » et pour « abeille », ce dernier étant lui-même formé d' « aile » et de « doux ».

Les principes de la LSM (langue des signes monastique) sont proches de la LSF (langue des signes française), mais de nombreux signes diffèrent. Et si un sourd français peut difficilement comprendre un sourd italien aujourd'hui, il n'en est pas de même avec la LSM même si certains monastères ont des signes qui leurs sont propres.

3 mai 2013

Tour Jean sans Peur

tour_jean_sans_peurLa tour Jean-sans-Peur est le dernier vestige de l'hôtel des ducs de Bourgogne. Elle fut édifiée entre 1409 et 1411 par Jean sans Peur, pour fortifier sa résidence parisienne.

En ce début du XVème siècle, le duc de Bourgogne est riche et puissant. Plutôt favorable à une alliance avec les Anglais, Jean sans Peur s'oppose frontalement à la politique du roi Charles VI. Le 23 novembre 1407, il fait assassiner son cousin, Louis d'Orléans, frère du roi : c'est le paroxysme de la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons. Pour se protéger d'éventuelles représailles, il fait construire cette tour fortifiée de 21 mètres de haut dans son hôtel (dit "d'Artois"). L'hôtel avait, en effet, à l'origine, été construit par Robert II d'Artois à la fin du XIIIe siècle, adossé à l'enceinte de Philippe Auguste. Il était devenu l'hôtel de Bourgogne en 1369 à la suite d'une union entre les familles d'Artois et de Bourgogne.


Éléments remarquables :

  • Le grand escalier à vis, inspiré par celui qu'avait fait construire Charles V au Louvre.
  • Le décor végétal de la voûte d'escalier : pot central d'où partent des branches de chêne sur lesquelles grimpe du houblon, rejointes par des branches d'aubépine naissant des murs.
  • La reconstitution des latrines, les plus anciennes de Paris, dont était dotée chaque chambre. Contrairement à celles des époques précédentes, elles ne débouchaient pas sur l'extérieur, mais disposaient d'un conduit dans l'épaisseur du mur, aboutissant à une fosse en sous-sol. Elles étaient chauffées par le revers de la cheminée de la chambre.
  • Le trône et la salle de réunion de Jean sans Peur.
  • Un morceau de la base de l'enceinte de Philippe Auguste visible dans les caves.

Elle fut restaurée en 1999. De nos jours, située au 20 rue Étienne-Marcel, dans le 2e arrondissement, on peut la visiter du mercredi au dimanche. Des expositions sur des thèmes médiévaux y sont régulièrement organisées (comme Le Moyen-Âge en bande-dessinée, L'hygiène au Moyen-Âge ou encore Au lit au Moyen-Âge).

Site officiel : tourjeansanspeur.com/