3 mai 2013

Tour Jean sans Peur

tour_jean_sans_peurLa tour Jean-sans-Peur est le dernier vestige de l'hôtel des ducs de Bourgogne. Elle fut édifiée entre 1409 et 1411 par Jean sans Peur, pour fortifier sa résidence parisienne.

En ce début du XVème siècle, le duc de Bourgogne est riche et puissant. Plutôt favorable à une alliance avec les Anglais, Jean sans Peur s'oppose frontalement à la politique du roi Charles VI. Le 23 novembre 1407, il fait assassiner son cousin, Louis d'Orléans, frère du roi : c'est le paroxysme de la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons. Pour se protéger d'éventuelles représailles, il fait construire cette tour fortifiée de 21 mètres de haut dans son hôtel (dit "d'Artois"). L'hôtel avait, en effet, à l'origine, été construit par Robert II d'Artois à la fin du XIIIe siècle, adossé à l'enceinte de Philippe Auguste. Il était devenu l'hôtel de Bourgogne en 1369 à la suite d'une union entre les familles d'Artois et de Bourgogne.


Éléments remarquables :

  • Le grand escalier à vis, inspiré par celui qu'avait fait construire Charles V au Louvre.
  • Le décor végétal de la voûte d'escalier : pot central d'où partent des branches de chêne sur lesquelles grimpe du houblon, rejointes par des branches d'aubépine naissant des murs.
  • La reconstitution des latrines, les plus anciennes de Paris, dont était dotée chaque chambre. Contrairement à celles des époques précédentes, elles ne débouchaient pas sur l'extérieur, mais disposaient d'un conduit dans l'épaisseur du mur, aboutissant à une fosse en sous-sol. Elles étaient chauffées par le revers de la cheminée de la chambre.
  • Le trône et la salle de réunion de Jean sans Peur.
  • Un morceau de la base de l'enceinte de Philippe Auguste visible dans les caves.

Elle fut restaurée en 1999. De nos jours, située au 20 rue Étienne-Marcel, dans le 2e arrondissement, on peut la visiter du mercredi au dimanche. Des expositions sur des thèmes médiévaux y sont régulièrement organisées (comme Le Moyen-Âge en bande-dessinée, L'hygiène au Moyen-Âge ou encore Au lit au Moyen-Âge).

Site officiel : tourjeansanspeur.com/

11 novembre 2008

La danse macabre

La danse macabre - fresque de Clusone - Italie

La danse macabre représente, dans la littérature, la peinture ou la sculpture du XIVème au XVIème siècle, l'entraînement inexorable de tous les humains, quelle que soit leur position sociale, dans un cortège solidaire vers un destin commun. Les personnages qui composent la danse macabre sont, dans l'ordre : l'acteur, la pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, l'astrologue, le bourgeois, le chartreux, le sergent, tous entrelacés de squelettes. Puis, viennent quatre personnages qui ne sont pas séparés par des morts : le médecin, la femme, l'usurier et le pauvre.

De nombreuses églises ou cimetières furent ornés de grandes fresques représentant cette alternance de squelettes et de personnages vivants. Cette forme d'expression fut le résultat d'une prise de conscience et d'une réflexion sur la vie et la mort, dans une période où celle-ci était devenue plus présente et plus traumatisante, notamment suite à la grande peste de 1348, et aux différents conflits de la Guerre de Cent Ans.

La danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moquait le destin, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet.

La plus célèbre des danses macabres fut peinte sous les arcades du cimetière des Saints-Innocents. Des reproductions circulèrent dans toute l'Europe. Rares sont aujourd'hui les danses macabres complètes que l'on peut encore admirer. On mentionnera celle, remarquable, de l'église Kermaria-An-Iskuit à Plouha (Côtes-d'Armor), ou encore celle de Clusone en Italie (ci-dessus).

15 août 2008

Saint-Germain-des-Prés

Abbaye de Saint-Germain-des-PrésL'abbaye de Saint-Germain-des-Prés fut fondée au VIème siècle, sous le règne de Childebert Ier, selon l'ordre de Saint-Benoît. L'évêque de Paris à cette époque, Germain, participa à sa fondation et l'administra. Elle lui doit son nom. Initialement fondée pour honorer les reliques de Saint-Vincent ramenées par Childebert Ier de Saragosse, elle prit le nom de Saint-Germain quand ce dernier fut canonisé. L'abbaye fut ensuite le lieu de sépulture des rois mérovingiens.

L'abbatiale (qui subsiste de nos jours) fut construite plus tard, vers le XIème et le XIIème siècle. Elle est considérée par les historiens comme le plus ancien édifice religieux de Paris.

L'abbaye resta longtemps hors les murs de Paris, et était entourée d'un canal ("La petite Seine") qui communiquait avec la Seine. Avec l'importance et la richesse que prit l'abbaye au fil des années, un petit bourg commerçant se greffa à l'extérieur. Un pilori, signe visible de l'autorité des abbés sur le bourg se dressait au milieu de l'axe principal de la route qui menait à Paris. A ses côtés, s'ouvrait une grande foire attirant commerçants et artisans, qui fut plus tard remplacée par le Marché Saint-Germain au XIXème siècle. Cette foire était un des nombreux privilèges attribués aux abbés de Saint-Germain-des-Prés par le roi. Le bourg comptait, au XIVème siècle, environ un millier d'habitants. Son église principale était Saint-Sulpice.

Les rentes procurées par leurs diverses activités en faisaient une des plus riches de Paris, et l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, un des plus puissants de la clergie française.

9 août 2008

La Bastille

La Bastille En 1370, Charles V décide de renforcer la sécurité de l'entrée est de la ville de Paris en y faisant construire une forteresse défensive, à l'image du donjon du Louvre, gardant l'ouest de la ville.

Le prévôt des marchands, Hugues Aubriot, fut chargé de la construction de ce que l'on appelât alors la Bastide Saint-Antoine. Le plan initial ne prévoyait que 4 tours sur les 8 qu'elle comporta une fois terminée. A son rôle défensif fut rapidement ajouté celui de prison, de caserne et de boutiques commerçantes.

Mais la construction de ce que les Parisiens nommèrent bien vite la Bastille fut émaillée de nombreuses difficultés, et le chantier pris beaucoup plus de temps que prévu. Ainsi, relativement populaire auprès des Parisiens, Hugues Aubriot était de plus en plus mal vu auprès du roi. Pour hâter les travaux, il ordonna donc de faire venir sur le chantier de la Bastille tous ceux qui semblent oisifs. En vain, car il finit sa carrière dans les cellules de la Bastille... qu'il avait fait édifier. Lors de la révolte des Maillotins, les Parisiens libérèrent Aubriot et voulurent le mettre à leur tête ; mais il refusa ce dangereux honneur. Il mourut quelques mois plus tard, en 1382. Sa statue orne aujourd'hui la façade de l'hôtel de ville de Paris.

Quant à la Bastille, son utilité militaire s’avéra médiocre (on dit d'elle qu'assiégée, elle s’est toujours rendue). La forteresse fut alors utilisée comme coffre-fort, lieu de réception par François Ier, puis prison d'état jusqu'en 1789.

25 juillet 2008

Le cimetière des Innocents

L'origine de ce cimetière remonte au XIIème siècle, installé alors hors les murs de la ville de Paris. Situé à côté des Halles, il était alors décrit comme un cloaque fangeux dans lequel les animaux erraient pour trouver leur nourriture, mais il devint aussi rapidement un lieu de fréquentation des marchands, des écrivains publics, des prostituées et des lingères. Le cimetière tient son nom de l'église voisine aujourd'hui disparue, dédiée aux Saints-Innocents, enfants de Judée massacrés sur l'ordre d'Hérode.

Quand Philippe-Auguste fit fermer Paris d'une nouvelle enceinte à la fin du XIIème siècle, le cimetière fut agrandi, enclos d’un mur de 3 mètres de haut, et englobé dans les nouvelles limites de la ville, devenant ainsi un cimetière intra-muros. Il se présente alors sous la forme d’un rectangle compris sur sa longueur entre les rues aux Fers (actuelle rue Berger) et de la Ferronnerie, sur sa largeur par les rues Saint-Denis et de la Lingerie, c’est à dire une surface sensiblement plus grande que l’actuel square Joachim Du Bellay (ou l'on peut toujours admirer la fontaine aux Innocents). Cinq portes y donnaient accès.

Le cimetière des Innocents

Le cimetière était celui des paroisses de la rive droite, mais également des noyés de la Seine et des morts par épidémies. Les plus modestes se faisaient inhumer dans des fosses qui restaient ouvertes jusqu’à ce qu’elles fussent pleines. Plusieurs fosses étaient ouvertes simultanément, correspondant aux différentes institutions percevant des droits. Elles étaient très nombreuses lors des épidémies de peste noire du XIVème siècle. Pour la bourgeoisie, la sépulture individuelle était la norme. Certains étaient inhumés en cercueil (on a retrouvé des traces de bois et des clous), mais la plupart l’était dans un simple linceul : la terre des Innocents avait la réputation de dissoudre les corps en un temps record !

En raison de l’augmentation démographique, il fallut trouver de la place, et donc un moyen de vider les fosses. C’est l’origine des charniers, qui furent construits entre le XIVe et XVe siècle, et adossés au mur d’enceinte tout autour du cimetière. Les bourgeois de la ville firent édifier ces arcades, souvent pour leur usage personnel (ainsi, Nicolas Flamel fit construire l’une d’entre elles pour le tombeau de sa femme Pernelle). Peintures, fresques et épitaphes fleurirent rapidement, la plus célèbre étant la danse macabre.

Le cimetière comprenait également en son sein différentes chapelles privées, ainsi qu'un reclusoir (occupé essentiellement par des femmes) adossé à l'église du cimetière.

Le cimetière fut supprimé en 1785, et l'année suivante, les ossements furent, de nuit, déblayés des fosses et amenés dans les futures Catacombes créées pour l’occasion. L’exhumation ne se fit qu'à une profondeur d’1m60, ce qui permet d’assurer que de nombreux corps subsistent encore sous la chaussée de l’actuel square. On considère que depuis son ouverture, quelques deux millions de Parisiens y avaient été inhumés.

20 juillet 2008

Hôtel Saint-Pol

L'Hôtel Saint-Pol fut construit entre 1361 et 1364 par le roi Charles V dans les "marais" qui se situaient rive droite de la Seine, derrière le couvent des Célestins, près de la Porte de Vincennes. C'est l'architecte Raymond du Temple qui en supervisa les travaux.

Le roi se plaisait beaucoup en cet endroit, et il y fit un aménagement continuel du parc et des demeures somptuaires. Le souverain ne supportait pas les odeurs pestilentielles que dégageait le centre-ville ; il appréciait l'Hôtel Saint-Pol pour son grand calme.

Outre de riches décorations, une ménagerie y fut même construite. Des animaux exotiques comme des lions ou des singes y avaient été amenés et étaient entretenus à grands frais. Plusieurs salles étaient destinées aux banquets et autres festivités données par le roi. Des chambres étaient réservées aux invités, d'autres au roi et à sa famille. Le roi et la reine disposaient de leurs propres bâtiments. Les pièces étaient toutes luxueusement ornées de bois précieux, de peintures, d'orfèvrerie. Chaque pièce fut agrémentée selon les goûts personnels du monarque. De plus, cet hôtel renfermait une remarquable collection de livres précieux que le roi aimait à rassembler, dont ceux de son père Jean II qui fut également grand amateur de livres. Cette collection de livres permettra à Charles V de créer la Bibliothèque royale qui deviendra quelques siècles plus tard la Bibliothèque nationale de Paris.

Quant aux jardins, outre la ménagerie, furent également construits un aquarium et des volières. Le parc était immense. Huit jardins furent dessinés, ceux-ci étaient séparés par des galeries qui reliaient entre elles chacune des habitations.

Charles VI, son fils y passera également une grande partie de son temps, profitant du calme pour se reposer, notamment après ses crises et ses longues maladies. Son climat sain lui éviteront, selon ses dires, quelques maladies désagréables, mais surtout lui fera retrouver une bonne santé.

C'est dans cet Hôtel Saint-Pol que se déroula le 28 janvier 1393 la tragédie du Bal des ardents.

Il ne reste aujourd'hui plus aucun vestige, ni aucune représentation de cet ensemble.

11 juillet 2008

les ponts habités

le Pont aux Meuniers Au XIVème siècle, à Paris, il y avait cinq ponts qui enjambaient la Seine depuis l'île de la Cité : trois vers la rive droite, et deux vers la rive gauche.

Le plus en aval, rive droite, portait le nom de Pont aux Meuniers, car il était équipé de moulins mus par la force de la rivière (voir l'illustration). Le suivant, le pont au Change, avait prit ce nom en 1141, lorsque Louis VII ordonna aux changeurs (les banquiers) de s'y établir. Le suivant était le Pont Notre-Dame. De l'autre côté se trouvait le Petit Pont, en amont, puis le Pont Saint-Michel en aval.

Ces ponts étaient tous garnis de maisons, d'ateliers ou de boutiques. Ils formaient de véritables rues traversant le fleuve. Artères commerçantes par définition, ces ponts étaient très fréquentés, et l'étroitesse de la voirie qui restait libre entre les constructions les rendait encombrés en permanence. Assez fréquemment les façades intérieures de ces ponts étaient couvertes de nouvelles décorations (permanentes ou temporaires), particulièrement lors de célébrations ou de victoires, traités de paix, naissances royales, couronnement, etc..

De plus, leurs construction en bois (et non en pierre) ainsi qu'une certaine négligence dans leur entretien a causé l'effondrement de plusieurs de ces ponts habités. Ils furent progressivement reconstruits en pierre.

1 juillet 2008

Le Château de Vincennes

Le Château de Vincennes est le plus important château fort royal français subsistant, et par la hauteur de son donjon (50 mètres), il est la plus haute forteresse de plaine d'Europe.

Les bâtiments médiévaux que l'on peut admirer de nos jours ont été construits sur une courte période, au XIVème siècle.

Les Capétiens prisaient déjà l'endroit. S'il n'en reste rien de visible, des fouilles attestent la présence d'un manoir médiéval qui se trouvait idéalement situé en bordure de l'immense forêt de Vincennes. L'endroit était parfait, pour surveiller Paris, tout en se détendant à la chasse.

Saint-Louis (Louis IX) y est même souvent représenté, rendant la justice sous un chêne. Ce roi diplomate et pieux entreposa même à Vincennes une partie des reliques de la Passion, ramenées de Terre Sainte.

le donjon du château de VincennesMais c'est surtout Jean II qui, de retour d'exil, ordonne la construction d'un gigantesque donjon afin d'asseoir son autorité retrouvée. Le 22 avril 1361, le roi nomme Jean Goupil «payeur des œuvres», c'est-à-dire gestionnaire du financement de la construction de cette tour. Ce que Jean II décide de construire est à la fois une résidence royale, un lieu de protection et un point d'appui militaire aux portes de Paris. Le donjon encore aujourd'hui dans un état remarquable, témoigne du génie de son architecte : Raymond du Temple. Ce programme multiple est alors tout entier dans le donjon et son enceinte : l'enceinte du château, entreprise en 1373, n'était pas prévue à ce stade.

Même si la construction fut achevée en un temps record en 1370, ce qui est remarquable pour une œuvre d'un telle complexité, Jean II n'en profitera pas, étant décédé en captivité à Londres. Ainsi, le donjon étonne par la puissance qu'il dégage de l'extérieur, mais aussi par la finesse et la richesse de sa décoration intérieure. La seule et fine colonne qui soutient les voûtes de chacune des pièces centrales de chaque étage encaisse un poids intelligemment réparti selon de très complexes et astucieux transferts de forces qui ont été récemment mis au jour, lors des travaux de restauration du donjon.

le château de Vincennes en 1380 Le lieu plaisait à Charles V, et il va décider de continuer les travaux, en lançant un autre projet titanesque : clore l'ensemble des bâtiments capétiens et le donjon en une gigantesque enceinte fortifiée. Cette enceinte fut réalisée dans sa totalité (avec ses neuf tours) dans le temps record de 8 ans, ce qui a dû impliquer une logistique de chantier incroyable, étant donné la quantité de pierres qu'il a fallu transporter, tailler et assembler. Il a sans doute dû s'agir du plus grand chantier de construction de toute l'Europe.

Ainsi, en quelques années, pour la construction, on a utilisé environ 260 000 blocs de calcaire d'une hauteur d'un pied, d'une longueur moyenne de 80 cm, d'une épaisseur de 50 à 70 cm : cela signifie l'arrivée en moyenne de 130 blocs par jour ouvrable. Sans compter les matériaux nécessaires pour les parements, les portes, les fenêtres, etc.

Le coût de construction du château fut considérable. Les quelques documents conservés permettent d'affirmer que le chantier, entre 1361 et 1380, coûta au roi plusieurs centaines de milliers de livres, cette énorme somme englobant les travaux proprement dits mais aussi les dépenses liées à l'agrandissement du Bois et aux aménagements intérieurs des constructions.

Car bien que réalisée en un temps très court, la construction fut d'une très grande qualité. Le soin apporté à l'assemblage, à joints fins, des pierres des parements extérieurs du donjon et de son châtelet et surtout de l'enceinte du château, est remarquable.

Enfin, en 1379, Charles V ordonne la construction de la Sainte-Chapelle, pour honorer la mémoire de son aïeul, et protéger les reliques de la Passion. Cependant, le roi meurt l'année suivante, et ce projet n'est pas repris pas son fils, Charles VI, jugeant trop dispendieuses les dépenses faites à Vincennes. La construction en reste au stade de fondation pendant de longues années, avant qu'elle ne reprenne timidement dans les années 1395, sans toutefois être achevée. Le chantier ne fut réellement achevé qu'en 1559 par Henri II.

Pour aller plus loin : chateau-vincennes.fr

27 juin 2008

La Grande Boucherie

Rive droite de la Seine à Paris, lorsque le Grand Châtelet avait encore un rôle défensif, se tenait au nord du bâtiment militaire, une des portes de Paris, qui est devenue, avec l'extension rapide de la population et par homonymie, la place de l'Apport.
Cette place fut longtemps le théâtre de commerces de tous genres, avant que celui ci ne s'organise par les Bouchers.
Entre les rues Saint-Jacques et Saint-Denis, à la place de l'actuelle rue de Rivoli, se construisit, avec l'aval du roi, un imposant édifice. Sa situation extra-muros, mais près d'un axe de passage, répondait à une double considération, tant hygiénique, que pratique.
La grande boucherie du Châtelet (place de l'Apport) La Grande Boucherie comprenait trois niveaux. En premier lieu, les caves où étaient entreposées des instruments, des détritus et même quelques bonnes bouteilles de vin de Bourgogne. Le rez-de-chaussée était surélevé de trois ou quatre marches et présentait des étals disposés le long de deux allées se coupant à angle droit. La lumière provenait de hautes baies dépourvues de vitres. L'éclairage artificiel était interdit : il pouvait donner un faux aspect aux viandes. Enfin, à l'étage était installée une salle des fêtes, pour les intronisation de la corporation des Bouchers, ainsi qu'une petite chapelle privée.

Il s'agissait sans doute de l'un des lieux de contre-pouvoir les plus importants de Paris, face au Louvre (pouvoir royal) et à Notre Dame ou à la Sorbonne (pouvoir religieux). Les bouchers étaient en effet les marchands les plus riches et les plus puissants de Paris.

L'église attenante à la Grande Boucherie portait d'ailleurs l'empreinte de la puissante corporation : Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

Aubry Haussecul, personnage fictif du roman, est un des bouchers qui y travaille, de père en fils depuis plusieurs générations. Son nom provient d'un mélange entre deux personnages historiques : un boucher du XIIIème qui a donné son nom à la rue Aubry-le-Boucher, dans le IVème arrondissement, et un certain Guillaume Haussecul, riche boucher du XVème siècle qui est mentionné dans plusieurs papiers pour avoir fait construire une chapelle attenante à sa boucherie.

Pour aller plus loin, on consultera le très complet site de sur l'histoire de la Grande Boucherie du Châtelet : grande-boucherie.chez-alice.fr

24 juin 2008

Paris, quatorzième siècle

Plan de Paris - 1383 Au quatorzième siècle, la ville de Paris est la plus peuplée d'Europe. Avec ses 200.000 habitants, elle surpasse largement Londres (50.000), Moscou ou Rome.

La ville est fortifiée à cause des menaces pressantes des Anglais. Le roi Charles V fait construire une enceinte plus large que celle de Philippe Auguste, et qui englobe alors l'ensemble des actuels 3e et 4e arrondissements, sur la rive droite. La rive gauche restant confinée dans la muraille de Philippe Auguste.

On distingue sur la carte ci-contre (datant de 1383) les enceintes successives (en pointillés), ainsi que les grands axes de communication nord-sud et les ponts sur la Seine. On remarquera également que seule l'île de la Cité est construite. L'actuelle île Saint-Louis étant même coupée en deux îles, qui ne seront réunies qu'une centaine d'années plus tard.

La ville est organisée en trois grandes parties, séparées physiquement par la Seine :

  • rive droite, se trouvent les artisans, les commerçants et les riches bourgeois, organisés en corporations.
  • rive gauche, se trouve le pouvoir religieux, avec de grandes abbayes comme Saint-Germain des Prés (encore hors les murs de Paris au XIV ème), ou les facultés d'art et de science, comme la Sorbonne.
  • au centre et le long de la Seine se dresse le pouvoir royal, avec, d'aval en amont, le palais royal du Louvre, le palais de Justice sur l'île de la Cité, le Grand Châtelet, la cathédrale Notre Dame, l'hôtel Saint-Paul où loge le roi et la reine, et enfin la Bastille dont la construction démarre à la fin du XIVème.

Au quatorzième siècle, en France, les temps sont troubles, surtout depuis l'accession controversée au trône de Philippe VI en 1328, en vertu d'une loi salique bien opportune. De plus, en ville comme dans les campagnes, on se remet à peine de la peste noire de 1348 qui a décimé près d'un quart de la population. Des émeutes éclatent à Paris (la Jacquerie, en 1358, voit l'avènement d'Etienne Marcel), et le roi Jean II est fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers en 1356. La France est désorientée, appauvrie, affaiblie et malade.

Période décriée de l'histoire de France, elle brille néanmoins par quelques uns de ses artistes ou de ses intellectuels(Nicole Oresme, Christine de Pisan, etc.). Des chefs d'oeuvres sont créés, sur le plan architectural, mais aussi en sculpture, peinture, et littérature...